J3 : Société et numérique : quelles questions pour l’éducation nouvelle ?

Dans une société où nous sommes en permanence connectés, nous sommes pistés, chiffrés, soumis à un contrôle social intrusif sous couvert du numérique. Plusieurs questions interrogent l’Éducation nouvelle. De quels savoirs nous munir pour faire face avec lucidité à cette humanité numérique en train de se construire ? Comment analyser, choisir les outils numériques ? Doit-on militer pour « les logiciels libres » ? Comment nous former à repérer les modèles nocifs ? Face au chiffrement planétaire de l’humain, comment veiller au chiffrage des lieux éducatifs, des personnes qui les habitent, des moyens qu’elles se donnent pour éduquer au mieux ? Comment dominer le numérique pour le mettre au service de nos valeurs, de nos pratiques, des apprentissages ?

Avec Bruno Devauchelle, CEPEC Lyon – Pascal Gascoin, CEMEA – Hélène Paumier, Lycée du Futuroscope

Témoignage : Droits, accès au savoir, à l’information, à la sécurité, tout cela passe par la maîtrise du numérique

Bruno Devauchelle introduit son propos par une question « comment dominer le numérique ? » et se répond avec une petite provocation, comme il le définit ; « c’est foutu ! »

Le chercheur nous invite à réfléchir sur plusieurs points :

  •  Les tensions permanentes provenant du numérique, avec des comportements dangereux qui en découlent notamment la violence, physique et mentale.
  • Les notifications, poussées par l’utilisation des réseaux sociaux créent des tensions, ces stimulations sont à l’origine de production de dopamine mais aussi d’inquiétude de rater quelque chose, de ne pas être au courant de ce qui passe autour de nous.
  • La séparation qui est rendue difficile avec le développement du numérique entre nos mains. La solitude, le silence, le retrait, la séparation aux autres sont souvent mal vécus et peu acceptés.

Il introduit la question de nos données, développée après par Pascal Gascoin, et nous invite à nous questionner sur notre rapport à l’information. Comment nous la cherchons, comment nous la traitons, comment nous la restituons, dans ce monde numérique où nous n’accédons qu’à une partie émergée de l’iceberg de données.

Pour finir, en quatre points, nos rôles en tant qu’éducateur face au numérique est de :

  • Apprendre à percevoir
  • Apprendre à (se) comprendre
  • Apprendre à évaluer la valeur de ce qu’on a
  • Apprendre à choisir

Hélène Paumier nous partage son expérience dans la radio libre et l’édition en ligne au lycée pilote innovant international du Futuroscope.

Elle a expérimenté et appris à faire de la radio en même temps que les élèves, un projet mené à bien, émancipateur, créateur de lien et faciliteur d’expression. En effet, il est plus facile, en termes de technique et de matériel de la pratiquer plutôt que d’éditer des vidéos par exemple, c’est un média accessible à tous, en ligne, et un format intime, qui s’invite à chaque moment de la journée. La radio convainc aussi car chacun peut être auteur-rice autant qu’auditeur-rice.

Pourtant, aussi libre et émancipatrice qu’elle l’est, la radio et sa création pose certains dilemmes. Les autorisations à publier la voix, aussi importantes que les autorisations de droit à l’image le rappelle l’intervenante, font partie du juridique à ne pas oublier, tout comme les droits concernant la musique. Le numérique ne permet pas tout. Les logiciels utilisés, par simplicité d’accès ou/et d’utilisations sont parfois sous licence non libre également.

La maison d’édition en ligne du lycée, divisée en trois pôles, rencontre également ces problèmes. Le pôle juridique avec les contrats d’autorisation, de droits d’auteurs, dont l’édition en ligne n’est pas exempt. Le pôle édition, qui est passé par un débat animé concernant les supports d’éditions ; faut-il aussi publier sur Google books et Amazon ? Les avis étaient partagés et Hélène Paumier assure que ces débats sont plus constructifs que ceux proposés dans les manuels scolaires, en classe, on la croit aisément. Quant au pôle communication, il se place sur des réseaux sociaux connus et reconnus, qui, par leur ampleur, leur permette de toucher plus de monde, un choix de plateforme d’hébergement s’est aussi posé, Wix a été délaissé pour WordPress, plus viable selon les élèves.

http://www.turfuleseditions.com/

Pascal Gascoin commence par une revue de presse de l’actualité numérique de ces derniers jours et dernières semaines. Entre l’écoute des utilisateurs d’Alexa (Amazon), Siri (Apple) et autres « assistants personnels électroniques », la CNIL qui désapprouve l’utilisation de la reconnaissance faciale dans deux lycées niçois et marseillais, le DHBDI (CNIL Allemande) qui interdit Windows 10 et Office 365 dans les écoles allemandes pour non respect des données personnelles, le sujet est cerné !

Répondant à Bruno Devauchelle, pour lui, rien n’est foutu, on peut encore changer nos habitudes numériques et prendre nos responsabilités au sérieux.

Selon lui, au même titre que certains découvrent l’urgence climatique, d’autres découvrent l’urgence de la protection numérique. Des gens écrivent et décident comment le code va se comporter, la question est donc sur les intentions des entreprises pour lesquelles ils travaillent, a-t-on collectivement un rôle dans leurs choix ? Choisissent-ils nos valeurs à notre place ?

L’outil que j’utilise est-il lisible sur tout support ? Son format est-il ouvert ? « Il n’y a pas d’éducation possible avec des outils de soumission »

(Nous vous renvoyons à l’article sur l’atelier Décentralisons internet ; nous sommes connectés à des plateformes agrégeant toutes nos données.)

Peertube, Mastodon, d’un, sont alternatifs mais réunissent aussi des milliers d’instances, une instance Mastodon est régulée, les instances choisissent à qui elles vont se lier, tout se régule collectivement contrairement à Facebook par exemple où il faut faire une demande spécifique aux modérateurs du géant pour supprimer un propos homophobe ou autre.

« Pourquoi les biennales sont présentes et incitent à participer sur Facebook, Twitter et Instagram ?  » Question adressée à Pascal Gascoin, en effet, des affiches invitant à partager son point de vue de la Biennale sur Facebook, Twitter, Instagram et ce blog sont placardé dans l’amphithéâtre… oups !

Pendant que ces phrases sont dites, une recherche Google est effectuée par un participant sur les bancs de devant : « mastodon ». Peut-être sa dernière recherche sur Google ?

Peut-on être totalement absents de ces réseaux ? C’est encore un débat en interne des CEMEA, nous pouvons être présents sur ces réseaux, seulement avec une page de façade, avec un lien invitant à nous rejoindre sur Mastodon par exemple.

Élise

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