J2 : Education à la citoyenneté : un éclairage de la recherche et des comparaisons internationales

Nathalie Mons, sociologue

Mobilisant plusieurs équipes de recherche françaises et internationales, le Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) a développé un champ d’investigation et d’analyse riche autour de l’éducation à la citoyenneté. Un premier rapport synthétique puis une enquête quantitative a permis pour la première fois depuis le début des années 2000 d’évaluer les attitudes citoyennes des jeunes français. La présentation s’appuiera sur ce corpus pour faire un état des lieux et ouvrir des pistes.
Nathalie Mons, professeur de sociologie à l’université de Cergy-Pontoise, est directrice du Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire). Elle consacre ses recherches à l’analyse des politiques publiques d’éducation, dans une perspective comparatiste internationale.

Après avoir écouté la conférence de Nathalie Mons et géré les problématiques techniques liées aux suppressions des trains, allez les grévistes, on pense fort à vous et on vous soutient, notamment dans ce temps dédié à la citoyenneté, j’ai profité de mon repas de midi pour rencontrer des militants et militantes de l’éducation nouvelle afin qu’ils témoignent de leurs impressions, Louisa m’a aussi fait cadeau d’un Sketchnote.

J’ai trouvé que la conférencière mettait en valeur l’hypocrisie de notre système éducatif sur l’éducation civique. En gros, elle dit dans les textes et dans les programmes, il y a énormément de place faite à l’éducation civique et que c’est plutôt une particularité française de commencer très tôt, mais qu’en réalité sur le terrain, il n’y a aucun moyen qui est mis sur l’éducation, et les attitudes civiques. En fait, le contenu est sur la connaissance des institutions et des lois, avec pour but de former un citoyen nationaliste, mais qu’en vrai si on considère l’éducation civique avec comme but l’émancipation des personnes, il faut mettre le paquet sur l’éducation active qui permettent des aptitudes civiques, qui permettent des prises de parole, des prises de décision, des espaces pour créer, pour réfléchir, et il n’y a pas les moyens qui sont mis dans la formation des enseignants pour cela.

Bérangère

Je suis assez d’accord avec cela, après une fois qu’on part de ce constat, si on parle de participation démocratique, actuellement les délégués d’élève, les CVS, on parle d’instances vides de sens. Si on repart de leur création en 1968, les lycéens demandent à être reconnus, et les créent pour cela. Tel que c’est fait aujourd’hui, ça ne fonctionne pas, ce n’est pas ça la participation démocratique, comment on prend réellement en compte la parole des enfants, actuellement on reproduit le système électoral par délégation. Et aujourd’hui qui sont les délégués ? Ce sont en grande majorité de jeunes garçons issus des catégories socioprofessionnelles, cadre sup. Quelle place pour les filles d’une certaine manière et toutes les personnes qui ont moins les codes scolaires ? Aujourd’hui un délégué c’est quelqu’un qui a les codes et qui s’exprime bien. Déjà là-dessus, on ne peut pas être sur une démocratie tel que nous on l’entend. Direct participative, dans des actions, par les personnes concernées, et du coup avec des moyens d’agir, parce qu’aujourd’hui un CVL ça décide de la couleur des bancs d’une école. On enlève le sens avec des enjeux futiles. Des instances sont représentées jusqu’au plus haut niveau de l’état, mais pour décider de quoi ? Quand est-ce qu’on interroge les questions de fond, le collège, quand est-ce qu’on leur donne un vrai pouvoir d’agir. Lien avec la convention des droits de l’enfant qui leur donne le droit de participer aux décisions qui les concernent. L’étude démontre presque l’échec de ce système, le résultat sur l’implication réelle des jeunes, on reproduit un système dont on ne veut plus aujourd’hui, et le fait que les personnes puissent participer aux enjeux qui les concernent.

Thomas

Le premier point c’est sa définition de la citoyenneté, une définition très traditionnelle, de 3e république, républicaine, au sens classique du truc. Elle ne jure que par la démocratie parlementaire, qu’elle reproduit dans l’école, au lycée et ailleurs. Elle défend aussi l’Institution, on ne peut être citoyen que si on défend les institutions, on arrive à une image du citoyen réduite et de celle qu’on n’a pas envie de défendre. Référentiel idéologique très limité. Si on fait référence au courant Frenet, aux coopérations, on voit que la démocratie c’est des espaces de paroles, de décisions, qui se font déjà dans l’espace de vie dans lequel tu es. L’idéal ce serait un mélange des trois : une démocratie représentative, pourquoi pas, dans la complexité des choses, je ne peux pas tout maîtriser et je peux faire confiance à des gens pour certaines choses. La démocratie participative qui permet d’avoir un espace de parole, provoquer des débats dans une école. Combien d’établissements le permettent sans en demander l’autorisation ? Et la troisième démocratie directe : l’articulation des trois, c’est-à-dire qu’il faut les trois pour construire la démocratie, en l’assumant. Il faut les trois modalités, j’ai l’impression que ça ne s’était pas théorisé, c’était assez réducteur. Il y a aussi toute la question de comment on lance des débats avec des mots valises les gens viennent d’horizon très différent, il est nécessaire de définir de quoi on parle. On le sait qu’on ne met pas la même chose entre citoyens, civiques, citoyenneté, école. Frenet nous questionne : qu’est-ce qui nous amène à faire la guerre en 14-18, qu’est-ce qui s’est dit dans les écoles, dans les familles, pourquoi on a plus ce discernement ? Qu’est-ce qui fait qu’on arrive à 18-20 ans à s’entre-tuer dans une tranchée ? Alors que le peuple n’avait aucun intérêt à s’entretuer. Frenet se demande pour quoi jeune il a été faire la guerre, et pourquoi ils étaient des milliers à y avoir été…

Régis

La conférencière a pointé deux trois éléments dans l’histoire de l’éducation en France sur des dispositifs de participation des élèves, pour éteindre le feu, hors le feu, c’est déjà de l’engagement et la conférencière a fait allusion à la création des CVL en France, qui ont été crée suite aux grandes grèves lycéennes. Ce que vient de reprendre M. Blanquer, au début des grèves de gilets jaunes et les grèves lycéennes, on va favoriser les instances, recadrer pour avoir la maîtrise. Moi je voulais faire allusion à quelque chose que j’ai vécu dans mon académie ou une personne de l’académie disait qu’il faudrait qu’on outille les élèves pour s’engager sur les questions climatiques alors que chez nous il y avait déjà de l’engagement. Comment faire pour qu’ils trouvent d’autres vecteurs encadrés par l’institution ? Et d’ailleurs la conférence s’appuie sur ces chiffres : l’augmentation des cours EMC, ces cours ont des effets positifs sur la confiance des élèves aux institutions et ils augmentent les envies de vote et pas d’engagement de la jeunesse. On pourrait se dire que la vision de la citoyenneté développée par l’école va contre un engagement qui dépasserait l’état, parce que trop révolutionnaire. Et que ce serait peut-être le contraire qu’il se passe.

Thomas

Propos recueillis par Chloé Cnl

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