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Ecoutez ou réécoutez le discours d’ouverture par Jean-Luc Cazaillon, directeur général des Ceméa et membre du comité de pilotage de la Biennale.

Monsieur le Président du Grand Poitiers, Maire de Poitiers,
Monsieur le Directeur Education de la région Nouvelle Aquitaine,
Monsieur le Proviseur du lycée pilote innovant,
Monsieur le Directeur de Cabinet du CNED,
Madame la Directrice de l’atelier CANOPE de Poitiers,
Mesdames et messieurs les représentants des associations partenaires de l’Ecole,
Mesdames et messieurs,
Chers Amis,

Nous y sommes ! 280 militantes et militants de nos 6 organisations rassemblés ici dans les locaux de l’ESEN-ESR. Alors quelques remerciements en préambule à celles et ceux qui ont contribué à rendre possible cette manifestation.

  • Monsieur le Ministre de l’Education Nationale pour son Haut Patronage et ses vœux de réussite,
  • L’ESEN-ESR pour l’accueil, la disponibilité, l’amabilité et l’engagement de son équipe pour que nous puissions tenir cette première Biennale ici,
  • Le Grand Poitiers, et la Région Nouvelle Aquitaine dont je sais que l’engagement, sur le fond, sera plus fort demain car les enjeux que nous allons partager, les questions que nous allons débattre, les expériences dont nous allons témoigner sont au cœur des préoccupations de vos collectivités,
  • La DRAC, qui s’est très vite déclarée intéressée par notre projet,
  • Le lycée pilote innovant pour son appui et sa grande réactivité,
  • Les partenaires traditionnels de l’Economie sociale que sont la MGEN et la MAIF
  • Les membres du comité de pilotage au travail avec assiduité et constance, depuis deux ans
  • Les militantes et militants de l’ICEM et des CEMEA de Poitiers qui ont la malchance d’habiter tout près, mais le bonheur absolu d’accueillir cette manifestation.

A toutes et à tous, merci !

Mes Chers Amis,

Quand l’Education a pour ambition de contribuer à la formation de citoyens autonomes, d’éduquer à l’esprit critique pour ne pas accepter de fait le système dominant, alors elle devient subversive. « Mon objectif, ce n’est pas de construire la société de demain, c’est de montrer qu’elle ne doit pas ressembler à celle d’aujourd’hui » disait Albert Jacquard.

Face à la montée d’idéologies de l’exclusion et de fermeture aux autres, face aux dangers de marchandisation de l’éducation, luttant pour promouvoir la culture et l’éducation pour tous, les valeurs de laïcité, de démocratie et pour la défense des droits humains, nos mouvements ont un message fort à affirmer , mais aussi des débats à impulser alors même que se développent des discours pauvres et démagogiques sur ces sujets. Etre en prise avec notre temps, en luttant contre tous les retours en arrière qui nous menacent, mais aussi contre « le meilleur des mondes » que nous propose une certaine conception ultra-libérale suppose de (re) mettre la pédagogie au cœur de la réflexion sur l’éducation.

Je sais que nous partageons l’ambition de construire une éducation capable de produire des situations où chacune et chacun, enfant, jeune, adulte, soit demain plus conscient du monde qui l’entoure, puisse se l’approprier en en comprenant les codes, pour y prendre place, SA place, pour Agir. L’éducation telle que nous la pensons participe donc de la transformation de la société en agissant sur les modes d’organisation, en soutenant les libertés individuelles pour plus d’égalité et de droits.

Quand nous mettons au cœur de nos préoccupations :

  • Le développement de l’esprit critique,
  • La capacité offerte à chacune et à chacun de conscientiser le monde qui l’entoure pour le transformer,
  • L’encouragement à plus de créativité,

nous soutenons le principe d’une formation tout au long de la vie,  conscients de mobiliser ainsi des leviers au service du développement de nos propres sociétés en contribuant à la formation de citoyennes et de citoyens susceptibles de faire face au défi écologique, au défi de la société du numérique. Autant de défis que l’école se doit de prendre en compte pour les mettre davantage au service de l’humain.

L’éducation nouvelle a beau faire partie de « l’ancien monde », elle a un patrimoine à promouvoir quand par ailleurs elle constitue l’un des moyens, et la recherche le démontre, permettant d’affronter ces nouveaux défis. Mais il faut cependant nous interroger sur nos capacités à convaincre de ces biens fondés, au-delà de nos cercles de proximité ! Convaincre les organisations syndicales, les parents, certains élus.

L’approche que nous promouvons est celle d’une éducation globale. Celle-ci, mettant au cœur de ses préoccupations la perspective de transformation des pratiques éducatives, se doit de travailler sur les rapports entre les différents temps sociaux, entre discontinuité (P.Meirieu) et complémentarité des espaces d’éducation formelle et non formelle (dans et hors l’école). Il y a là un enjeu majeur en France mais aussi dans un grand nombre de sociétés. Car, participer à la construction citoyenne c’est reconnaître, comme l’écrivait Paolo Freire dans sa Pédagogie des Opprimés, que : « Personne n’éduque autrui, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble, par l’intermédiaire du monde ». A des degrés divers, nos différents mouvements se sont construits dès leurs origines dans une dimension internationale. Nous en sommes convaincus, penser l’éducation nouvelle ne peut se faire que dans une perspective internationale qui place l’humanisme au cœur du projet politique.

C’est aussi pour cela que nous sommes fiers et honorés par l’Association des Amis de Jean ZAY qui a décidé de décerner à cette Biennale le prix « Jean ZAY 2017 ». Positionner notre évènement dans une certaine continuité de la ligne politique de ce grand ministre qui fut le premier à inscrire, dans une politique de l’éducation, les activités, la culture et les enjeux relatifs aux temps et qui affirmait  « que le but poursuivi est de mettre à profit les leçons qui se dégagent de toutes les expériences pédagogiques faites en France et à l’étranger et qui visent à faire appel direct à l’activité spontanée de l’enfant » confère à ce  prix une valeur certaine. Comme « l’école nouvelle » de Jean Zay, l’éducation nouvelle telle que nous la définissons participe du combat pour une école plus juste ou plus citoyenne, mais elle relève aussi le défi de l’efficacité. C’est parce que nous prenons au sérieux, parce que nous faisons nôtre, le défi de la connaissance que nous nous opposons aux discoureurs qui ne proposent rien d’autre qu’un impossible retour en arrière.

La dernière décennie a été marquée par une croissance sans précédent de la place des acteurs privés dans l’éducation, et notamment dans les pays à faibles revenus. Si cette tendance risque de transformer en profondeur des systèmes éducatifs déjà fragiles, son impact en termes de qualité des contenus éducatifs, de ségrégation et d’inégalités sociales, et plus généralement, de réalisation des droits humains, en ont fait un défi majeur pour tous les acteurs et les défenseurs du droit à l’éducation tout au long de la vie. Dans le contexte actuel, de régression des acquis sociaux, d’une libéralisation croissante des économies, mes chers camarades, le temps des alliances et des solidarités est aujourd’hui indispensable.

Enfin et cela nous concerne de plus près encore, au niveau de la pédagogie, là aussi, des mutations sont à l’œuvre. L’éducation progressiste, émancipatrice, les pédagogies innovantes considérées hier comme étant en phase avec l’évolution de la société, servant souvent de référence dans le sens du progrès, se heurtent aujourd’hui à une contre-offensive conservatrice et réactionnaire au niveau des valeurs comme au niveau des conceptions. Nous le constatons en France, en Europe et dans plusieurs pays du monde.

Contribuant dès 2012 aux travaux qui ont précédé la promulgation de la loi de refondation de l’Ecole de la République, nous avons affirmé des enjeux politiques mais aussi pédagogiques considérant que la mise en œuvre de nouvelles orientations, de nouvelles façons de faire  impliquait nécessairement une réflexion sur les conditions d’apprentissage. Car nous le savons, si différentes approches de la pédagogie existent, toutes ne se valent pas !

Le projet pédagogique de l’Education nouvelle est d’abord un projet politique qui démontre chaque jour sa pertinence pour inventer des réponses adaptées aux besoins des publics les plus divers, pour donner plus de sens aux apprentissages scolaires, aux apprentissages formels et non formels. Agir, ici et ailleurs, en France, en Europe et dans le monde, la transformation sociale par l’Education nouvelle reste donc un projet ambitieux, captivant, mobilisateur ! C’est ainsi, qu’au-delà de leurs différences, parce que nous partageons ce socle commun, que nos organisations portent ensemble la permanence de l’innovation, la volonté de créer et d’agir au quotidien pour entretenir une réelle dynamique d’auteur.

Vous l’aurez compris, mettre l’éducation active, la pédagogie, au cœur d’un espace collectif de réflexion, de partage d’expériences et d’échanges, telles sont donc les ambitions de cette biennale.

Elle est le fruit d’un travail collaboratif qui nous a mobilisés depuis deux ans. Deux ans au cours desquels nous avons appris à nous connaître, à nous faire confiance, à partager, à nous comprendre… car si nos racines sont communes, nos cultures, nos projets sont différents. Et nous voici aujourd’hui ici, à Poitiers ! Nous voici rassemblés, militantes et militants de France de l’hexagone et des Outremers, d’Italie, de Belgique (citer la diffusion de la conférence de E.Plenel à ANDERLECHT et celle de P.Meirieu à BRUXELLES), d’Haïti, de Suisse, d’Espagne, du Brésil et du Canada  pour :

Partager les fondamentaux de l’Education nouvelle.

  • Des conférences et des tables rondes permettront de répondre à ce premier objectif.

Partager nos pratiques car nous ne sommes pas spectateurs inactifs des évolutions du monde. Nous agissons dans ces environnements, nous y conduisons des actions pour qu’elles deviennent de véritables leviers de développement. Pour nous, pas d’action sans réflexion, mais une réflexion qui s’appuie sur l’action !

  • Un espace « forum des pratiques » permettra à des équipes de présenter des projets, des démarches, des actions.

Débattre ensemble car il est des sujets d’actualité, des enjeux politiques et éducatifs sur lesquels nous n’avons que rarement l’opportunité de discuter ensemble.

Ces trois axes sont constitutifs d’une organisation qui donnera également toute sa place aux rencontres, aux échanges, aux temps du vivre ensemble dans un environnement stimulant, un milieu enrichi. Car c’est aussi ça l’Education nouvelle : l’accueil, la convivialité, un vivre ensemble respectueux de chacune et de chacun qui articule groupe et individu, des propositions d’ouverture culturelle, de découverte, du temps pour les autres mais aussi du temps pour soi.

Pour conclure

Mes chers amis, durant ces 4 jours, il nous faudra donc tout à la fois nous émerveiller des pratiques et des réflexions de l’Autre, accepter le doute, entendre la critique, dire et contredire, aller à la rencontre  et accueillir, donner et recevoir, car, dans un contexte complexe à plus d’un titre, s’il est vital que nous entretenions et développions nos capacités d’indignation et de résistance, il est tout aussi fondamental d’entretenir et de développer nos capacités d’émerveillement, de rêve, de sollicitude.

Nous savons aussi, que nous ne sommes pas seuls, que nous ne pouvons agir seul, que nous ne voulons pas agir seuls ! Dans le contexte politique d’hier, d’aujourd’hui, et assurément de demain, il nous faudra donc renforcer alliances et partenariats. Nos actions, construites en lien étroit avec la réalité, avec les réalités, nous engagent et demandent à ce que nous renforcions nos liens.

En effet,

  • Il nous appartient d’agir pour renforcer la place de l’Education nouvelle et affirmer la modernité de nos combats et de nos valeurs !
  • Il nous appartient de dire avec force que la seule question des moyens ne résout pas tout et que les façons d’agir, les modes d’intervention pédagogique sont au cœur des enjeux de la réussite éducative et donc de la réussite scolaire !
  • Il nous appartient de démontrer, par la pertinence des pratiques, que l’Education nouvelle, si souvent louée dans sa capacité à répondre aux enfants en échec, marche aussi pour celles et ceux qui vont bien !

Je ne sais pas ce qu’il ressortira de cette Biennale, mais ce que je souhaite porter avec vous c’est l’ambition de réussir ces rencontres, de renforcer nos convictions, de nous donner envie d’aller plus loin dans la découverte, l’échange, le débat, la confrontation. Il faut que nous cultivions constamment nos capacités à être « ces petits grains de sable » auxquels fait souvent allusion E.Plenel, ceux qui grippent, accrochent, interpellent, irritent ….. Car l’Education nouvelle ne restera vivante qu’à la seule condition que nous restions des mouvements actifs et engagés !

Pour le Comité de pilotage,
Jean-Luc CAZAILLON